LA MARGUERITE


Balancée dans le vent si frais,
Au seuil de cette aube bien pâle,
Une marguerite à mes pieds
Offre à ma vue ses blancs pétales.

Moi, appuyé sur ce canon
A l'intérieur de ma guérite,
Je la regarde et pense : "Ah, non !
Que la vie ne passe pas vite ! "

Rien autour de moi, nulle trace,
Pas un chat, pas un ennemi ;
Je veux mais que la terre est basse,
Te ramasser pour mon fusil.

Jolie fleur, ce matin je rêve
Et la terre est mon horizon ;
Ah ! Si la vie n'était que trêve,
J'aurais dormi dans ma maison !

Mais tous les hommes sont mauvais :
Ils n'ont pas compris la leçon
Et continueront à tuer
Car ils ne sont devenus bons !

Que tous les hommes sont mauvais
Quand ils s'acharnent sans douceur,
Sans montrer signe de pitié
Sur les animaux ou les fleurs !

Jolie fleur, ce matin je t'aime,
Un peu, beaucoup, passionnément,
À la folie peut-être même
Ou pas du tout lorsque je mens !

Mais tout à coup, je me réveille
Quand un petit frisson m’agite
Car au premier rai de soleil,
J'ai effeuillé la marguerite !


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